Principes et éthiques de l’audiodescription


Principes et éthiques de l’audiodescription

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) définit l’audiodescription comme étant la technique de description destinée aux personnes aveugles ou malvoyantes. Autrement dit, elle permet de rendre des films, des spectacles ou des expositions, accessibles aux personnes aveugles ou malvoyantes grâce à un texte en voix off qui décrit les éléments visuels de l’œuvre. Pour mener à bien l’audiodescription, elle doit respecter une directive ou une charte bien définie.

Un peu d’histoire sur l’audiodescription en France

Indiana Jones audiodescription

En 1989, Maryvonne Simoneau-Joërg, maître de conférences à l’Esit Sorbonne, est contactée par August Coppola a commencé à se former en audiodescription. L’Association Valentin Haüy au service des aveugles et des malvoyants (AVH) adhère à ce projet de développement en France. Pour la première fois, l’audiodescription a été présentée en France lors du Festival de Cannes 1989, moyennant la projection d’extraits de deux films : Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot et Les Enfants du paradis de Marcel Carné. Au cours de la même année, l’AVH publie le premier film audiodécrit pour les aveugles et malvoyants français : Indiana Jones et La Dernière Croisade de Steven Spielberg. Actuellement, l’AVH est le principal producteur d’audiodescriptions en France, avec un catalogue de plus de 300 films.

Une vingtaine de salles de production d’audiodescription sont reconnus en France. Marie-Luce Plumauzille, à l’origine de stages de formation dispensés par l’AVH, enregistrait en 2009 une quinzaine de personnes formées. Effectivement cette année, la première formation professionnelle et qualifiante d’audiodescripteurs a été mise au point.

Des activités culturelles qui évitent l’exclusion

Atelier de production d’une audiodescription

Atelier de production d’une audiodescription

L’audiodescription consiste en une description des éléments visuels d’une œuvre cinématographique au public présentant un handicap (aveugle et malvoyant), afin de lui procurer les éléments essentiels à la compréhension de l’œuvre. 

Le texte de chaque scène doit être calé entre les dialogues et les bruitages et synchronisé avec le son original de l’œuvre. En d’autres termes, la voix de la description est placée entre les dialogues ou les éléments sonores importants pour ne pas nuire à l’œuvre originale. 

Chaque atelier de production d’audiodescription peut être divisé en quatre parties :

  • La traduction qui consiste en :
  • L’analyse de l’image,
  • Une déverbalisation,
  • La priorisation : sélection des éléments audiodécrits,
  • Une reformulation : travail de concision et de précision quant au choix des textes ;
  • L’enregistrement sonore en cabine insonorisée ;
  • Le mixage : ajustement de la bande son, mise en place des audiodescriptions, etc. ;
  • Le pressage : avant mise à disposition dans les salles de cinéma.

La plupart du temps, les audiodescriptions sont réalisées en binôme : deux audiodescripteurs se partagent le travail, ce qui permet une relecture croisée pour l’élaboration de la version définitive des films. Les alternances de voix homme-femme correspondent à la scène de la production audio-visuelle considérée.

Une directive et une charte sont à appliquer lors de la traduction. En France, une Charte établit des principes-guides pour le processus d’élaboration d’une audiodescription.

L’audiodescription d’un film en France est estimée à 1 h 30 de travail. Deux semaines sont nécessaires pour l’écriture du texte et une semaine pour l’enregistrement et le mixage.

Pour le théâtre ou une description en plein festival, dix à quatorze jours sont indispensables. L’audiodescription peut être totalement faite en direct, en semi-direct ou enregistrée sur MiniDisc. Chaque mode de production détermine la durée de réalisation de la description.

Programmes et public cibles

En France, 77 000 aveugles et 1,2 million de malvoyants (ayant une acuité visuelle inférieure à 3/10ième après correction) sont recensés. Ils constituent un public spécifique qui doit jouir des droits à l’éducation et à l’accessibilité à un atelier de présentation audio-visuelle.

Le public concerné par ce projet est également constitué des personnes âgées à acuité visuelle délicate, les malades pour lesquels la cadence des images est parfois lourde, les étrangers dans leur apprentissage de la langue, tout public voyant qui écoute un film sans pouvoir le regarder.

Ainsi, l’audiodescription peut être servie pour comprendre l’œuvre ou pour un simple soutien.

L’audiodescription concerne tout style de films et émissions de télévision partageant le même principe d’éducation.

Principes fondamentaux d’un projet d’audiodescription

Principes fondamentaux d’un projet d’audiodescription

Le projet d’audiodescription est un travail d’auteur. C’est un travail de création à part entière. Effectivement, cela consiste en la production d’un texte inédit à partir d’une scène visuelle. La description d’un œuvre, c’est l’association de sa compréhension, de son analyse et de son décryptage. 

Respect de l’œuvre

Le respect de l’œuvre, du style de l’auteur et du rythme du film est fondamental. Ne pas tenir compte de chaque détail corrompt la qualité de la communication.

Objectivité de la communication

La loi stipule que la description doit être objectivement réalisée. Elle doit contenir les quatre informations principales :  les personnes, les lieux, le temps et l’action. Description ne signifie pas interprétation ; aucune autre mise en scène est à proscrire. 

Le travail d’audiodescription exige un niveau de professionnalisme très élevé.  Il s’agit d’un travail d’écriture précis.

Respect de l’auditeur lors de la production et la diffusion de l’audiodescription

L’audiodescripteur doit adapter la description pour qu’elle ne gêne pas l’auditeur. Les aveugles ne veulent pas qu’on leur raconte le film, ils l’entendent. L’objectif de la description est de se trouver ancré dans le film, pour devenir cette petite voix qui chuchote à l’oreille de l’aveugle ou de l’autre public. A cet effet, la description doit favoriser le moment de plaisir.

Informations à inclure dans un projet d’audiodescription

D’emblée, toutes audiodescriptions doivent contenir les personnes, dont leur tenue vestimentaire et tout ce qui va avec.

Quant aux lieux, l’audiodescription décrit les paysages, les ambiances, les décorations d’intérieur ainsi que les changements de lieux.

Pour le temps et la saison ainsi que le moment de la journée doivent être également inclus dans les textes.

Enfin, l’action doit comprendre l’action en cours, les déplacements et les réactions visibles mais muettes.

Par ailleurs, il faut aussi que les audiodescriptions contiennent les bruits non identifiables instantanément, les sous-titres, les signes, l’écriture et les divers symboles ainsi que le générique du début à la fin.

Le moment idéal pour l’audiodescription se trouve lors des silences, entre les dialogues. Il ne faut pas chevaucher les dialogues sauf pour donner des informations essentielles.

Les aveugles évoluent dans un monde de voyants. Il est ainsi primordial de décrire le présent à la troisième personne. Par ailleurs, il faut :

éviter de dire « nous voyons »

décrire de façon objective

employer tant que possible des phrases complètes

utiliser des vocabulaires adéquats au genre du film et respecter le niveau de langage

utiliser des jargons riches et précis avec explication des termes techniques

pas d’adjectifs subjectifs en cas d’inévidence

citer les couleurs pouvant être qualifiées

achever toutes audiodescriptions déjà entamées

ne pas décrire une image, notamment lorsqu’elle n’est pas nécessaire à la compréhension du film.

En vue de bien respecter ces principes d’audiodescription, il est recommandé d’entreprendre le travail en binôme.

Les éléments à omettre dans une audiodescription

Afin d’assurer la qualité de l’audiodescription, il faut éviter :

les effets sonores compréhensibles immédiatement

les émotions audibles des personnages du film

les termes techniques bien que le message souhaité par le réalisateur du film doive être décrit

l’anticipation des noms et des caractéristiques des personnages du film.

En plus, il ne faut jamais empiéter sur les dialogues ni sur les effets sonores quand ces derniers complètent le film ou les dialogues. Une musique signifiante ne devrait pas aussi être chevauchée.

L’enregistrement du travail d’audiodescription

Deux voix, un homme et une femme, sont à prévoir. Elles sont utilisées pour les changements de lieux et de temps, voire pour des sous-titres.

S’il y a une voix-off dans l’œuvre originale, une seule voix du sexe opposé à la voix-off est préconisée.

La voix doit correspondre à l’émotion de la scène et au rythme de l’action en cours tout en restant neutre.   L’enregistrement   par   un comédien référencé pourrait entrer en concurrence avec celui du film.

Pour le mixage, l’audiodescription doit être parfaitement perceptible sans qu’elle ne soit mise en avant du film.

Heures de travail pour la production d’une description pour aveugle

Le temps de travail nécessaire à une audiodescription dépend des exigences du film. 

Le temps de réalisation d’une audiodescription est calculé à partir :

d’une ou deux premières visions du film,

d’un premier travail de description initiale,

de la recherche d’éléments spécifiques,

de la pause et la rédaction d’une version « projet »,

de l’écriture de l’audiodescription,

de la relecture croisée avec l’autre descripteur,

de la relecture et l’achèvement de la version finale du film.

Diffusion des films audiodécrits

Les textes audiodécrits peuvent être diffusés de différentes façons :

  • dans les salles de cinéma ou de théâtre spécifiques ;
  • par des chaînes de télévision capable de produire un flux audio additionnel : mixage son du film et audiodescription seule ;
  • par le circuit de distribution sur support vidéo. Un DVD dispose de huit plages sonores, donnant l’accessibilité à une langue au choix. La huitième plage, rarement utilisée, pourrait être servie à l’audiodescription de l’œuvre ;
  • par des médiathèques prêteurs de DVD audiodécrits à leurs clients. En France, AVH offre ce prêt gratuitement).

En guise de conclusion, pour que la qualité de l’audiodescription soit optimale, une relecture du texte doit être suggérée au réalisateur de l’œuvre. L’audiodescription doit être imprégnée dès la post-production de l’œuvre. Des groupes de travail avec des aveugles doivent être régulièrement organisés, sinon, le travail d’audiodescription doit être réalisé avec la collaboration d’un aveugle formé à cette technique. Au final, il faut rappeler que l’audiodescription est un travail d’analyse, de recherche et de création qui nécessite une formation particulière.


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